Quelques réflexions sur les relations internationales à la veille de la COP21

 

Aujourd’hui, la question du changement climatique n’en est plus une. La communauté scientifique, en consensus quasi-total, affirme que ce réchauffement est le résultat direct de l’activité humaine. Les coûts engendrés par ce nouveau phénomène deviennent pharamineux, et toutes les prévisions nous indiquent que ce que nous voyons aujourd’hui n’est qu’un bout de la partie émergée de l’iceberg (avant qu’il fonde).

Malgré cela, les schémas économiques et sociétaux qui nous ont conduits à ces perturbations sont répétés, et ça continue, encore et encore ; c’est que le début, d’accord, d’accord. Certains pays ferment même ouvertement les yeux sur ce réchauffement ou du moins refusent d’envisager son origine anthropique. A court terme, c’est-à-dire à l’échelle des échanges de capitaux, cette stratégie semble la bonne. A long terme il est évident que nous courons dans le mur. Certains diront que nous sommes en train de tomber d’un gratte-ciel et qu’à chaque étage nous nous disons : “jusque là pas de soucis” !

Nous tenterons modestement, peut-être parfois naïvement, d’éclairer le lecteur sur les politiques des états liées au changement, puis sur les relations internationales sous- ou sus-jacentes à ces problèmes. Bien que le verre ne soit pas à moitié plein, il n’est cependant pas totalement vide. Début décembre aura lieu la COP21 à Paris, où quelque deux cents états tenteront de trouver des accords permettant de limiter le réchauffement moyen planétaire à 2°C d’ici la fin du siècle (par rapport à l’ère pré-industrielle). Si les précédentes conférences climat (notamment à Kyoto (1997) et Copenhague (2009)) n’ont pas été une franche réussite, nous verrons qu’attendre de cette conférence et pourquoi il faut garder espoir.

 

Le climat et les politiques internes.

 

Le changement climatique a (ou n’a pas) un impact, localement, sur les politiques étatiques. Nous voyons ici quelles sont les principales (in)actions à retenir.

 

Les états “victimes”

 

Tenter de classifier des unités aussi grandes que des pays est toujours une tâche compliquée voire dangereuse. Par rapport aux perturbations globales du climat, on peut tout de même sans prendre de grands risques en mettre certains dans la case “victimes”. Deux caractéristiques communes seront le fort impact du réchauffement d’une part, et l’absence, ou la faible contribution à ce réchauffement.

Commençons ce petit tour d’horizon par évoquer les petites îles (représentés par l’Alliance of Small Island States (AOSIS)). Ces derniers ne sont que peu entendus : leur voix ne pèse pas car ils ne représentent à la fois que peu de personnes et leur économie, même cumulée, n’est pas d’ordre suffisant pour rentrer dans le débat. Leurs seules prises de parole ressemblent donc plus à des appels au secours qu’à des participations à une négociation.

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Très petits pollueurs, et surtout très pauvres, une grande partie des pays d’Afrique sub-saharienne se retrouve dans une situation critique car touchée de plein fouet par une augmentation des sécheresses, sans marge de manoeuvre. De l’autre côté, dans des pays d’Asie tels le Bangladesh ou les Philippines, ce sont les inondations extrêmes qui causent le plus de dégâts. Pourtant les moussons n’ont pas attendu le récent réchauffement pour sévir, et les sociétés s’en étaient accomodées. Le contexte économique et l’intensité de ces phénomènes rendent cependant le départ plus acceptable que de rester sur place.

Les migrations engendrées, de façon plus ou moins directe, par le réchauffement global sont considérables (particulièrement concernant les typhons sud-asiatiques). Ces flux représentent même la grande majorité des flux de réfugiés (de l’ordre de 3 fois supérieurs aux flux de réfugiés de guerre). Il est à noter que ces flux sont courts, souvent à l’échelle d’un pays, et encore très majoritairement Sud-Sud, mais qu’ils se déplacent doucement vers le Nord.

Ces états sont un espace de conséquences, sans pouvoir agir sur les causes… Nuançons tout de même le propos en ajoutant que des états comme l’Inde, l’Indonésie ou même la Chine voient aussi des déplacements de population et n’ont pas un impact nul, loin s’en faut. Nous évoquerons le cas de l’Indonésie plus en détails.

 

Les états “irresponsables”

 

Certains états “développés”, donc avec une véritable possibilité d’action, semblent pour autant ne pas considérer les impacts de leur économie sur l’environnement. Le point de vue est tranché.

L’Australie a vu Tony Abbott prendre la tête du parti libéral en 2009, et s’est fait notamment remarquer pour son opposition au Carbon Pollution Reduction Scheme avant d’être élu à la tête du gouvernement en 2013. Soutenu grandement par des compagnies minières et pétrolières – $1.2 millions pour la campagne de 2013 – il a su garder sa continuité politique à son arrivée au pouvoir. Il a ainsi notamment très rapidement fait supprimer la taxe carbone, en place depuis peu. Son impopularité croissante l’a destitué de ses fonctions en septembre dernier à la suite d’un vote de confiance défavorable au profit de Malcolm Turnbull, libéral lui aussi. Cependant ce dernier se détache de son prédécesseur et de la ligne orthodoxe du parti libéral en particulier pour son attachement aux questions climatiques. La question australienne s’ouvre donc.

La Russie, quant à elle, ne voit pas ce changement pointer. Pourtant a priori vulnérable avec la Sibérie et la fonte du permafrost, la Russie de Vladimir Poutine refuse de considérer une origine anthropique aux problèmes en question. Mais voyons les progrès : avant 2010, Poutine s’amusait des questions climatiques en expliquant que ce réchauffement n’en était pas un et qu’au pire des cas cela serait même positif pour les russes : moins de fourrure et une agriculture plus rentable (2003)! Puis il vit les effets sur les glaces arctiques et changea d’avis, considérant toujours comme billevesées les propos impliquant l’Homme et son impact. Mais étant en 2013 le premier pays exportateur de pétrole, la Russie ne voit certainement pas d’un oeil inintéressé les gisements nouvellement accessibles, grâce à la fonte de la calotte glacière.

Nous fermerons cette catégorie en évoquant les états du golfe, avec l’Arabie Saoudite, deuxième pays producteur de pétrole. Son existence même en tant que puissance régionale n’a de sens qu’au regard de cette production. Quand on sait que tenir l’objectif des 2°C implique d’ores et déjà de laisser 80% des ressources restantes dans les sols, on comprend le désintérêt de ces pays pour la cause climatique. Elle n’a longtemps pas eu besoin de monter en première ligne tant les négociations semblaient loin d’aboutir. Récemment cette position a changé ; faudrait-il y voir d’ailleurs un signe encourageant ? De nombreuses négociations préparatoires pour la COP21 ont eu lieu à Bonn, notamment par exemple pour tenter de réduire l’objectif de 2°C à 1.5°C. Prétextant un manque de données scientifiques pour diminuer cet objectif, l’Arabie Saoudite a ainsi fait échouer une semaine de négociations. Lors d’un sommet des nations unies pour le climat en 2014, le ministre du pétrole et des ressources minérales avait déclaré que les réductions d’émissions devaient se faire sans perturber la croissance économique, le développement social, ni le marché énergétique mondial, et que la mise en place d’une taxe carbone mettrait en danger le principe de justice et d’équité.

 

Les autres états clés

 

Pour finir sur les politiques des états, nous abordons rapidement les points de vue de quelques autres états clés : les États-Unis, la Chine, l’Inde, le Canada et le Japon. Pour la clarté du propos (déjà entamée) nous nous limiterons à ceux-ci.

La vie politique aux États-Unis est coincée en ce moment entre deux échéances majeures : le congrès est passé aux mains des Républicains en 2014, et l’année prochaine le président Obama cèdera sa place à la présidence du pays. La fin de son mandat présidentiel lui permet de s’engager pour le climat même si la question n’est pas la plus populaire, ce qui est évidemment positif. Cependant il y a tout à craindre d’un retour des républicains au pouvoir. Bush Jr avait par exemple désengagé le pays du protocole de Kyoto. Mais le congrès républicain est aussi un véritable problème et risque de se montrer encore hostile à la ratification d’un quelconque accord contraignant pour la régulation des émissions. Le Canada est récemment passé du gouvernement conservateur Harper qui avait sorti le Canada du protocole de Kyoto à Trudeau sur les épaules duquel reposent des espoirs certains.

Côté asiatique, la Chine est le plus souvent pointée du doigt du fait de l’importance de leurs émissions. Même si parfois maladroits voire critiquables, il faut souligner ses efforts : +200% de photovoltaïque depuis 2000, presque deux tiers de la production de solaire thermique … Sa croissance démesurée est bien sûr le coeur du problème et le charbon le nerf. Gardons simplement à l’esprit que ramenée à la population totale, sa pollution n’est pas encore astronomique. L’Inde a une démographie comparable à la Chine, mais n’est pas encore aussi développée. Sa position est claire : il n’y a pas de raisons qu’elle ne profite de ses ressources en charbon pour la bonne marche de son économie.

Enfin, suite à la catastrophe de Fukushima, les Japonais ont commencé à importer beaucoup de charbon pour compenser la perte due à la grande diminution du nucléaire. Alors qu’ils étaient plutôt en avance en terme de technologies vertes par exemple, ils ont aujourd’hui le pied sur le frein vis-à-vis des négociations climatiques.

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Pour fixer les idées du lecteur, les deux cartes ci-dessus montrent les émissions de gaz à effet de serre totales par pays à gauche et les émissions par tête par pays à droite.

 

Quels impacts sur les relations internationales

 

Outre les impacts locaux, le changement climatique est en train de dessiner une nouvelle carte géopolitique, de créer de nouvelles relations, de nouveaux conflits. À l’inverse ce sont certaines relations internationales qui ont un impact.

 

Les relations sino-américaines

 

Historiquement dans le conflit et se pointant mutuellement du doigt, les relations entre les deux plus gros pollueurs sont passées fin 2014 dans une nouvelle dimension. Les deux présidents se sont en effet mis d’accord pour atteindre un accord juridiquement contraignant à la COP21. Cette rencontre est la preuve d’un changement de paradigme dans la façon d’appréhender les problèmes climatiques par la communauté internationale. Surtout ayant eu lieu plus d’un an avant la COP21, il s’agit d’un signe réellement encourageant.

L’actualité préoccupante de l’Indonésie
L’Indonésie a déjà été mentionnée, à juste titre, dans le précédent student talk. Son actualité est en effet réellement préoccupante, d’une part par sa croissante vulnérabilité face aux sécheresses et aux inondations, et d’autre part par son manque d’efficacité pour faire face aux monstrueux feux de forêts qu’elle subit.

 

Pour rappel, ces feux de forêts qui brûlent notamment les îles de Bornéo et de Sumatra ne sont pas accidentels. La forêt indonésienne (haut lieu de réserve en biodiversité) est mise à feu et à sang pour pouvoir cultiver le palmier servant à produire la fameuse huile de palme. Outre les problèmes locaux économiques et sociaux engendrés (des millions de personnes exposées aux fumées, une vingtaine de morts, des écoles et des aéroports fermés…), les émissions de carbone dues à ces feux sont tout bonnement ahurissantes. Sur la figure ci-dessous, on voit les émissions journalières dues au feux indonésiens représentées par les barres jaunes ou bleues entre juin et fin octobre. La barre horizontale en noir montre le niveau d’émissions moyen des États-Unis. Toutes les barres jaunes sont donc autant de jours où les seuls feux de forêts ont causé des émissions supérieures (jusqu’à plus de trois fois !) à celles des américains.

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La réponse a été lente mais le président de l’Indonésie Joko Widodo aura finalement fait interdire ces feux, mais cela reste évidemment insuffisant. Il a accepté l’aide de la communauté internationale, pour éteindre ces feux mais peine donc à mettre en place une vraie répression contre ces crimes. Il était d’ailleurs il y a peu en visite aux États-Unis où il a pu s’entretenir avec le président Obama. Ce dernier lui a assuré de contribuer à l’effort contre cette brûlure infligée à la terre indonésienne à échelle de $2.75 millions.

Mais le fait qui aura réellement marqué sa visite au pays de l’oncle Sam est bien qu’il a affirmé sa volonté de rejoindre l’accord de libre échange transpacifique (TransPacific Partnership, TPP). Cet accord est aujourd’hui le plus important groupement commercial et est clairement un danger pour le climat. Détaillons cela pour les accords de libre échange de manière générale.

 

Les accords de libre échange

 

Le TPP n’est pas le seul accord de libre échange qui est une menace. D’autres existent déjà et tous ne sont pas forcément nocifs. D’autres encore sont en cours de négociations secrètes (citons le TransAtlantic Free Trade Agreement ou TAFTA). Ces accords de libre échange sont dictés par les grandes entreprises transnationales bien plus que par les volontés des états eux-mêmes (sans parler des peuples bien évidemment).

Mais quelles conséquences sur le climat ? Il faut bien comprendre qu’à cause de ces traités de libre échanges, les états peuvent être condamnés pour avoir mis des barrières au libre échange. Prenons un exemple. Dans un autre cadre très similaire, l’Uruguay avait fait campagne contre le tabac, en obligeant les producteurs à imprimer des paquets dissuasifs. La campagne ayant fonctionné, les producteurs ont eu un manque à gagner. C’est pour cette raison que Philip Morris, entreprise américaine, a pu poursuivre l’Uruguay pour lui faire payer ce manque à gagner.

Comme l’explique par exemple le prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz, il est tout à fait envisageable, dans le cadre d’un tel accord, que des entreprises poursuivent des états qui mettraient en place des politiques pour la protection de l’environnement qui seraient un frein au bon fonctionnement libre échange.

 

Les financements

 

Il est évident qu’il n’est pas possible de concevoir des changements tangibles sans des financements appropriés. Nous en reparlerons en dernière partie. Cependant les financements pour les énergies fossiles sont encore bien à l’ordre du jour. Selon le FMI, en 2013 les énergies fossiles bénéficieraient de 4.900 milliards de dollars de subventions sous diverses formes. Soit 6,5% du PIB mondial.

D’autre part, entre 2012 et 2014, les investissements de la Banque mondiale dans les énergies fossiles ont augmenté de 32%. En 2014, elles ont dépassé les 3,3 milliards de dollars. Sur la même période, les sommes allouées aux énergies renouvelables propres ont connu une hausse de … 0,6%.

 

Les conséquences du changement climatique sur les relations internationales

 

Quatre principaux axes de conséquences ont été retenus : la sécurité alimentaire, la sécurité énergétique, les pressions diplomatiques sans oublier bien sûr les migrations.

Les migrations climatiques sont aujourd’hui, comme évoqué précédemment, de loin le flux migratoire principal, loin devant les conflits armés. Ces flux re-dessinent le monde en créant de nouvelles tensions. Celles-ci s’ajoutent à des mésententes déjà existantes et les migrations climatiques se mêlent parfois aux migrations de guerre.

La sécurité alimentaire est un problème, qui, à l’échelle globale, n’est pas encore crucial. Cependant, le grenier du monde que représentent les pays d’Amérique du Sud est évidemment touché par le réchauffement climatique. Les sécheresses qui affectent ces pays sont de plus en plus intenses, en particulier pendant les années El Niño qui accentuent le phénomène. La production agricole en est directement diminuée, et on ne peut que craindre que des évènements de plus en plus violents rendent l’activité agricole incapable de subvenir à la demande. On a déjà vu ce genre de choses se produire, avec les prix monter en flèche. Les premières victimes sont toujours les mêmes : ceux qui n’ont pas les moyens de payer ce surplus.

Malgré ce que l’on met en oeuvre aujourd’hui pour tenter de se passer des énergies fossiles, la question de la sécurité énergétique se résume assez bien à la présence de pétrole dans le sous-sol. La carte ci-dessus, illustrant la quantité de pétrole non encore exploité dans les sous sols pour chaque pays, suffit à comprendre le problème.

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Enfin, toutes ces questions liées au changement climatique ont créé de nouvelles sources de mésentente entre les différents états, voire de pressions diplomatiques. A la veille de la conférence Paris Climat, la diplomatie française est en effervescence pour tenter de pallier le manque de réussite dans la préparation de cet événement. Car il est clair que ce rassemblement est une vitrine pour la France et donc un enjeu plus que climatique.

 

Demain, la COP21

 

Une grande question se pose, dans toutes les têtes : que faut-il vraiment attendre ou espérer de la COP21 ? Malheureusement personne n’a la réponse exacte.

 

Qu’est-ce qui change ?

 

Les autres COP – celle de Paris est bien la vingt-et-unième – ont globalement été des échecs, pour des raisons assez diverses. Les deux autres conférences majeures à Kyoto (COP3, 1997) et surtout à Copenhague (COP15, 2009) l’ont bien montré.

Une composante nouvelle introduite pour la COP21 est l’INDC (Intended Nationally Determined Contribution). Chaque pays devait proposer une feuille de route à tenir d’ici par exemple 2030 pour tenter de parvenir à l’objectif 2°C. Ces contributions déterminées à l’échelon permet à chaque état de ne pas attendre un accord global pour mettre en oeuvre une politique de respect de l’environnement locale. On change donc d’ordre d’idée par rapport à Copenhague. Cependant, mises bout à bout, ces contributions ne permettent toujours pas de tenir le cap des 2°C, même pour les estimations les plus optimistes qui sont autour de 3°C (2.7°C exactement). De plus tous les pays n’ont pas envoyé leur INDC. En octobre, c’étaient environ 150 pays qui avaient envoyé leur contribution, avec une péninsule arabique peu engagée. Notons que l’Arabie Saoudite a publié ses contributions (en cours d’analyse par le WRI) le 10 novembre seulement. Cela est une bonne nouvelle malgré tout. Reste à la COP21 de définir un cadre juridique contraignant pour qu’au moins ces mesures, bien qu’insuffisantes, soient respectées.

 

Qu’attendre de la COP21 ?

 

L’année dernière, s’est tenue à Lima (Pérou) la COP20. Ses objectifs étaient notamment de préparer la conférence de Paris. D’autre part, tout au long de l’année ont eu lieu à Bonn (Allemagne) des séries de négociations préparatoires en vue de la COP21. Ces “préliminaires” ne rendent pas optimistes. Nous avons vu par exemple qu’à Bonn, des négociations avaient été bloquées par l’Arabie Saoudite pour éviter un objectif trop difficile à atteindre.

L’objectif de Bonn était d’établir un texte qui servirait de socle aux négociations de décembre. Les négociations ont eu beaucoup de mal à avancer et plusieurs fois on a entendu rugir les associations. D’abord il y eut un texte trop long, fourre-tout et peu clair. Puis il y eut un grand ménage pour arriver à un texte de format très réduit, qui ne faisait pas même mention des énergies fossiles. Finalement, les négociateurs se sont mis d’accord sur un nouveau texte plus acceptable. Malgré tout, les meilleures propositions côtoient les pires, et il est difficile d’imaginer ce qui pourra se passer à Paris.

D’autre part, les négociateurs n’ont toujours pas abordé le fond, c’est-à-dire quelles options vont être décidées. Or sur de nombreux points les états ne sont pas d’accord. En particulier :

Les questions de financement : en 2009, les pays développés se sont engagés à mobiliser 100 milliards de dollars par an d’ici à 2020 pour aider les pays en développement à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre, et à s’adapter aux conséquences du changement climatique (sécheresses, inondation, montée du niveau des mers, etc.). Les pays en développement n’ont pas l’intention de signer un accord contraignant sur le climat si les pays développés ne présentent pas de garanties solides qu’ils honoreront cet engagement. Mais « le groupe “parapluie” (Australie, Canada, Japon, Nouvelle-Zélande et États-Unis) refuse d’intégrer tout engagement financier chiffré au projet d’accord », déplore ainsi Alix Mazounie, du Réseau Action Climat (RAC) France.

Un objectif de long terme : les pays insulaires, très menacés par la montée du niveau des mers, plaident pour que le réchauffement climatique soit contenu sous la barre de 1,5 °C d’ici à la fin du siècle. Mais d’autres États refusent tout objectif précis et préfèrent des formulations plus floues (« neutralité carbone » sans date butoir, par exemple). De manière générale, assez peu de pays proposent une INDC avec une vision au-delà de 2030.

La révision à la hausse des contributions nationales des États (INDC) : nous avons vu plus haut qu’elles n’étaient pas suffisantes pour contenir la hausse des températures. Un mécanisme de révision à la hausse des objectifs des contributions nationales serait donc nécessaire. Pourtant, cette idée ne fait pas l’unanimité : certains États refusent qu’un tel dispositif soit obligatoire.
Le tableau n’est clairement pas blanc, mais il n’est donc pas tout noir non plus. L’Europe, bien que tenant le beau rôle, est déterminée et des acteurs comme les États-Unis ou la Chine semblent aujourd’hui prêts à jouer le jeu. Même si c’est sûrement peu dire, il est évident que nous n’avions encore jamais vu un tel engagement global pour le climat, malgré quelques canards boiteux.

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