Dimanche 6 décembre, Paris.

 

Ce week-end marque la moitié de la Cop21. Les panneaux publicitaires affichent « Let’s Act For Climate » signé La Mairie de Paris. À l’Hôtel de Ville s’ouvre l’expo Empreinte « un tour du monde des initiatives écologiques réussies », au Palais de Tokyo, la Fondation Cartier présente EXIT, une cartographie dynamique sur les mouvements de population dans le monde et leurs principales causes, notamment climatiques. Dans le nord de Paris, l’auberge de jeunesse et espace de co-working PlaceToB propose aussi un programme spécial. Des fresques vers le canal St Martin, des blocs de glace devant le Panthéon, une baleine sur les quais de Seine… Autant d’initiatives citoyennes de sensibilisation ou d’information, sous forme d’art éphémère ou de conférences éclairées qui portent un message commun à l’occasion de la Cop21: arrêtons de prendre le climat au second degré !

Nous étions samedi au Grand Palais, à l’exposition Solutions Cop21, et dimanche au Sommet Citoyen pour le Climat ou Village Mondial des Alternatives qui se tient à Montreuil, en banlieue parisienne. Deux évènements ouverts au grand public, qui présentent des réponses concrètes au changement climatique. En mettant en valeur de multiples solutions, les deux espèrent insuffler une onde d’inspiration durable … de manières bien différentes.

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Au Grand Palais, sublime monument parisien en bordure des Champs-Élysées, nous sommes largement contrôlés et fouillés avant de pouvoir entrer. Gare à quiconque semblerait, ne serait-ce qu’un chouïa, activiste (un costume de pingouin dans un sac à dos suffit) ! On sera gardé à l’oeil, prévenu et menacé qu’un comportement inattendu à l’intérieur conduirait tout droit à la garde à vue au commissariat voisin. Au Village des Alternatives, par contre, on arrive sur un air de reggae qu’un mur de son vibrant envoie sur les passants. On se balade au centre-ville de Montreuil dans une ambiance musicale de festival.

Dans le premier sont exposées des solutions techniques (entre autres) de diverses entreprises, qui ont payé quelques dizaines de milliers d’euros pour y tenir un stand et ainsi promouvoir leur greenitude. L’expo est assez controversée et le prix des stands (on a entendu 250 000 €) fait rugir les militants écolos… Greenwashing ? Certainement, mais pas seulement. Même si nombre d’entre elles sont loin d’être parfaites, ces entreprises ont néanmoins intégré la dimension développement durable dans leur stratégie, et appliquent des mesures réelles pour s’améliorer. Pour greenwasher il faut au moins greener un peu, alors tout n’est pas perdu ! Evian et Coca-Cola parlent de recyclage, l’ADEME présente des hydroliennes et Tesla sa belle voiture électrique, on joue à « Cop Ou Pas Cop ? ». Quelques innovations, comme une colonne urbaine à microalgues pour purifier l’air, des stands interactifs et surtout les chiffres des performances environnementales des différents exposants, qui se mettent en valeur pour rentabiliser leur investissement bien sûr.

À Montreuil, moins d’innovations, plus d’applications. Du concret, pour tous. Des stands associatifs et des conférences informent. Des clowns nous expliquent comment trier, des assos vendent des t-shirts aux slogans écolos, et on hurle dans un mégaphone. On troque ses livres, on trouve des bonnes idées genre système D, on achète du fromage au marché paysan et on goûte du foie gras vegan. Les enfants participent à des ateliers éducatifs populaires. Dans une ambiance de brocante, l’art recyclé et la récup sont tout à l’honneur. Ici aussi, de jolis arbres* à rubans pour exprimer ses pensées planétaires poétiquement. (Par *arbre, on j’entend sculpture d’arbre en bois, c’est marrant quand même de couper un arbre pour faire une sculpture d’arbre avec…)

Contraste flagrant entre le concours de beauté écologique à tendance commerciale des boîtes et l’initiative associative populaire… Tandis qu’à Montreuil, on partage des améliorations à l’échelle individuelle, au Grand Palais, on promeut des solutions à l’échelle de plus grosses entités, alimentées par les moyens des entreprises. Mais ces deux évènements sont tout à fait complémentaires. Malgré les critiques et les points de vue variés, en fait, l’un est inutile sans l’autre et vice versa. Par exemple, il est essentiel que les foyers trient leurs déchets, mais aussi que les filières de recyclage soient fonctionnelles. Je ne crois pas qu’il faille attendre des politiques qu’ils imposent un changement, ni des initiatives citoyennes qu’elles parviennent à transformer véritablement notre société. Ces différentes échelles vont de pair et doivent progresser parallèlement, pour permettre une transition globale. Il appartient à chacun de changer le monde à son niveau, et notamment à notre génération, celle qui est née avec des poubelles de tri et une éco-conscience, de faire évoluer notre société vers l’utopie dont elle rêve.

Bonne journée !

Charlotte Weil