“Un école primaire de 300 enfants au Kenya autosuffisante en alimentation grâce à des techniques d’agroécologie”, le titre de la conférence avait de quoi séduire à en regarder l’espace insuffisant qu’offrait la salle GRA331 pour accueillir l’afflux d’étudiants. Notre équipe étant composée d’un représentant d’EMAUA – moi-même – et de deux représentants d’Effect Change venus filmer et assurer la communication instantanée sur les réseaux sociaux, nous avons été extrêmement touchés par l’intérêt de l’auditoire pour la cause que nous sommes venus présenter: toutes les conférences prises sur le temps libre des étudiants ne donnent pas lieu à un intérêt aussi intense de leur part, ni à des discussions aussi appuyées et constructives se poursuivant durant plus d’une heure après la fin de la conférence.

L’un des points centraux de notre projet est la découverte des propriétés fertilisantes de Tithonia diversifolia, une plante sauvage permettant d’augmenter au moins par dix les rendements en maïs des petits paysans de l’Ouest du Kenya. Cette (re-)découverte, aidée par les « anciens », s’est faite en collaboration avec le centre de recherche de Nairobi, le World Agroforestry Centre (ICRAF). En parallèle, la technologie push-pull de l’International Centre for Insect Physiology and Ecology (ICIPIE) de Nairobi, qui cherche à éloigner les plantes et les animaux parasites par une méthode d’attraction-répulsion, a été mise en place par l’usage de deux plantes, Desmodium uncinatum et Pennisetum purpureum. Associées au maïs elles permettent de venir à bout d’une plante parasite extrêmement problématique, la Stiga hermonticana, ainsi que d’une larve ravageuse, la pyrale du maïs. Mais leurs bienfaits ne s’arrêtent pas là, ces deux plantes aident également à limiter l’érosion des sols, de les enrichir en azote, et d’augmenter la production de lait des animaux d’élevage grâce aux qualités fourragères de ces plantes. Une telle trouvaille est le fruit de longues recherches et d’essais multiples. Cela montre bien que l’on peut parvenir à des résultats insoupçonnés, même avec des moyens limités.

L’intense discussion à laquelle a donné suite cette conférence a très vite permis à l’auditoire d’aboutir au constat que les plantes semblent être un très bon moyen pour les populations pauvres d’accéder à une forme d’open source agricole : une fois les propriétés d’une plante mises au grand jour par une équipe de chercheurs et/ou d’héritiers de savoirs traditionnels, leurs usages sont évidemment en libre accès. Deuxième remarque importante du public: les coûts de recherche et de développement doivent dès lors être couverts par d’autres sources que le retour sur investissement, qui est absent dans ce contexte. Or, à nouveau, on aboutit à un type de recherche 2.0: internet permet aujourd’hui à un nombre grandissant d’équipes de chercheurs de financer leur travail par des sources de plus en plus diverses, touchant même le grand public. Le champ d’action s’élargit ainsi de plus en plus et implique sans cesse d’avantage la population. De quoi encourager à développer toujours plus la diffusion de ce type d’agriculture.

Julien Kauer

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