Aujourd’hui, journée COY ! Nous avons rendez-vous à 9h pour faire notre workshop. En chemin vers la salle, on croise plusieurs personnes qui étaient venues nous voir au stand et qui ont envie de participer à l’atelier. On commence donc avec une douzaine de personnes : les gens sont motivés et participent volontiers, ils pensent à plein d’animaux et inventions originales, ce qui rend le workshop agréable à animer pour nous. On a été surpris de voir que les gens pensent beaucoup aux possibles applications militaires du biomimétisme. On enchaîne deux séances, une à 9h et une à 10h, qui se passent très bien.

 

Une fois notre rôle d’animateur accompli, nous redevenons spectateurs pour assister à une conférence sur « l’adaptation des systèmes agricoles au changement climatique ». Un professeur d’agronomie de Rabat, M. Abdelhai, nous parle des problèmes liés au méthane rejeté par les vaches, et notamment de la solution qui a été expérimentée dans sa faculté : ils ajoutent dans la nourriture des vaches des huiles essentielles phénoliques, qui réduisent la méthanisation dans le système digestif des ruminants. De cette façon, on arrive à diminuer de 10 à 15% la quantité de méthane rejetée dans l’atmosphère. Les huiles essentielles utilisées sont bon marché, mais cependant rien n’a été dit sur le mode de fabrication de ces huiles et leurs conséquences.

 

Un deuxième intervenant, Amine, nous raconte son histoire. Il nous dit être passé de « agriculteur » à « paysan ». La différence nous semble d’abord assez subtile, jusqu’à ce qu’il nous explique ce qu’il entend par là. Après avoir fait des études de commerce, il a commencé un élevage de vaches laitières, par pur intérêt économique. Puis petit à petit, il s’est rendu compte que son travail manquait d’intérêt et n’était pas valorisant humainement. Il s’est donc renseigné sur des alternatives, comme des fermes moins productivistes, il a visité des fermes innovantes, et s’est finalement décidé à franchir le pas de la permaculture. Il s’agit d’un type d’agriculture dans lequel on fait pousser différentes espèces et on élève différents animaux ensemble, ce qui crée un petit écosystème et favorise la croissance de chacun. Aujourd’hui il n’utilise plus d’engrais, pas de tracteur, et vend au marché ses poulets et ses fruits et légumes « bio ». Selon lui la demande pour ce genre de produits est forte, car les gens en ont marre de manger de la nourriture pleine de produits chimiques et qui vient d’on ne sait trop où, et il n’a aucun problème à vendre ses produits. Amine s’est même lancé dans l’élevage d’insectes !

Sa présentation est intéressante, car ayant appartenu à ces agriculteurs productivistes qui utilisent des engrais à gogo et abîment les sols avec des tracteurs, il se rend compte du manque d’information, et de l’ignorance des gens à ce propos, au Maroc en tout cas. Ils suivent le modèle occidental, qui semble fonctionner, mais il y a beaucoup mieux ! Avoir des vaches plus petites, qui demandent moins de nourriture et d’eau, permet de dépenser moins en entretien, avoir de plus petits terrains permet de mieux s’en occuper et les rendre plus productifs, et cela apporte aussi beaucoup sur le plan humain. Ce modèle qui consomme aussi moins d’eau et d’énergie est bien adapté pour le Maroc. Pour lui, les agriculteurs aujourd’hui ont peur de franchir le pas, mais devraient le faire !!

 

On profite ensuite de la pause de midi pendant laquelle les activités de COY s’arrêtent pour se rendre sur le site de la COP. On repère les lieux, on regarde comment se passe l’entrée dans le site, où il faudra aller, comment récupérer les badges etc…

 

De retour à la COY où on assiste à une nouvelle conférence. Il s’agit aussi d’agriculture, avec cette fois un conférencier camerounais, Tabi Joda, qui nous présente son invention : une serre dans laquelle il cultive et élève différentes espèces. L’eau passe par exemple d’abord par le bassin des poissons, puis à sa sortie du bassin sert à arroser les plantations. Ce système permet d’arroser avec une eau enrichie en matière organique, ce qui fait un engrais naturel. Il permet également de faire plusieurs étages de plantations et de gérer la température à l’intérieur car c’est un système fermé. Le discours de cet homme est étonnant : selon lui l’Afrique est un continent riche, avec un sol qui permet l’agriculture, et sa pauvreté est volontaire. Les gens pourraient cultiver le sol s’ils le voulaient et résoudre ainsi les problèmes de famine. Ils pourraient également mieux gérer leurs déchets, voire même les valoriser. C’est pour cela qu’il cherche à promouvoir son invention. Je pense cependant que l’Afrique souffre aussi de nombreux autres problèmes et qu’il ne suffirait pas de se mettre à cultiver plus la Terre, mais ce serait un bon début !

 

On a appris beaucoup pendant cette journée, au contact des participants au workshop, comme en discutant avec les conférenciers. Il est intéressant de voir comme le Maroc est un modèle pour les autres pays d’Afrique, alors que nous comparons toujours avec la Suisse. On se rend compte que notre vision du monde n’est en fait qu’une vision d’une certaine partie du monde. Nous avons terminé cette journée par une soirée détente au domaine Tarik où nous logeons.

 

 

Louise Pellaton