Notre objectif aujourd’hui est de nous rendre à la COP. Après être passés par tous les stades émotionnels, nous y sommes enfin ! suite à un problème informatique, cela a en effet été plus compliqué que prévu pour entrer car nous n’étions pas sûrs d’obtenir les accréditations. Mais nous y voila. C’est immense ! On commence par faire un tour, essayer de comprendre à quoi correspondent les différents espaces, et trouver l’endroit où ont lieu les conférences.

 

Après ce premier moment de repérage, nous assistons à une conférence sur le thème de l’Eco-Tourisme et l’aquaculture, qui fut extrêmement intéressante. Animée par 4 intervenants, un membre du gouvernement Jordanien, qui nous vient de loin et d’autres, tous marocains, aussi membres d’agence gouvernementales et autres organismes étatiques ou semi-privés. L’idée est de valoriser les réserves naturelles et la préservation de la nature et de l’environnement en utilisant des fonds générés par le tourisme afin de financer et promouvoir des projets de conservation de l’environnement et bons pour le climat. Les activités proposées aux touristes ont ainsi un impact plus limité sur la nature et une empreinte carbone plus faible. Regarder les étoiles, balade en vélo et randonnées; classes vertes, pêche sportive n’affectant pas le bien-être et les écosystèmes de poissons et pleins d’autres idées dont les souvenirs m’échappent. L’un des intervenant a même vu son projet couronné du premier prix lors d’un concours réalisé à la COP21 de Paris.

 

Nous nous promenons ensuite parmi les stands, à la recherche d’informations intéressantes jusqu’à notre arrivée au Stand de Masen (Moroccan Agency for Sustainable Energy). Cette entreprise est en charge de la production d’électricité à partir de sources renouvelables à grande échelle pour tout le Maroc. Des animations sont proposées au stand pour découvrir les différentes grandes installations de production d’électricité déjà mises en service ou prévues. Nous avons également discuté avec un représentant commercial qui nous a renseigné sur les constructions des futures centrales solaires Noor 2, 3 et 4; alors que Noor 1 (160 MW et technologie CSP) est déjà opérationnelle depuis le début de l’année 2016. Après cette première prise de connaissance des grands projets de production d’électricité du pays à partir de sources renouvelables (en 2014 le Maroc importait plus de 80% de son énergie), nous assistons à une conférence sur les réalisations cartographiques de Masen pour évaluer le potentiel solaire du Maroc. Trois conférenciers (dont le responsable du pôle Solaire de Masen) animent la conférence, on apprend entre autre qu’un système d’information géographique a été mis en place par des ingénieurs supervisés par un ingénieur issu de l’institut Paris MineTech. Le but de ce GIS est d’évaluer le potentiel solaire du Maroc afin d’y sélectionner les meilleurs emplacements possibles pour la réalisation des grandes centrales solaires. Ces modèles ont une résolution suffisante (MNS et MNT avec une résolution de 2500 m environ) pour cela. Monsieur Bouhamidi (responsable du pôle solaire de Masen) nous renseigne sur les critères de sélection d’un terrain pour y installer une centrale solaire (une pente inférieure à 4%, une irradiation directe supérieure à 1800 kWh/m²/an entre autre). On se rend compte alors que le Maroc s’est donné les moyens pour assurer une production électrique optimale et que les projets de réalisation de centrales électriques à base de sources renouvelables sont nombreux.

 

Notre arrêt suivant a lieu à un stand Autrichien. Un ingénieur nous présente une idée développée à l’université de Vienne pour stocker l’énergie. Comme nous le savons, un grand défi que les énergies renouvelables doivent réussir est l’accumulation de l’énergie produite. Les moyens des batteries d’aujourd’hui ne sont pas suffisants ni assez efficaces et par conséquent, le problème de “comment avoir une injection continue d’énergie dans le réseau, même quand il n’y a pas de sources pour créer celle-ci (pas de soleil, pas de vents … )”, ou “comment ne pas gâcher l’énergie produite lorsqu’il n’y a pas de demande” reste irrésolu. La solution qu’il nous propose est fascinante : utiliser l’énergie des éoliennes (du solaire) pour créer une autre forme d’énergie sous forme gazeuse. Plus précisément, l’idée est de “consommer” l’énergie renouvelable pour permettre le processus “Power-to-gas”, c’est à dire combiner du CO2 avec l’hydrogène H2 provenant de l’électrolyse de l‘eau, pour produire du méthane CH4 qui peut être accumulé au lieu de stockage, et servir ensuite à produire à nouveau de l’énergie. Naturellement un tel processus aurait une légère perte en énergie disponible totale, mais nous permettrait de résoudre beaucoup d’autres problèmes.

 

En fin de journée, nous nous rendons dans « l’espace jeune », pour écouter les jeunes de l’association Swiss Youth for Climate, qui ont passé la journée dans la “zone bleue”, raconter ce qu’ils ont fait. La “Blue Zone” est la zone des négociateurs, pour laquelle il faut des accréditations spéciales. Le grand public ne peut aller que dans la zone verte, et encore, il faut faire la demande pour avoir une accréditation aussi.

 

Comme on est que le deuxième jour de la COP, il y a eu surtout des séances plénières et des séances d’ouverture, peu de négociations encore. Beaucoup de jeunes sont présents dans la zone bleue, une centaine environ, qui travaillent pour essayer de faire entendre la voix de la jeunesse dans les négociations. Ils se sont réunis en groupe de travail, chacun sur un thème. Il y a le groupe «réduction des émissions de GES», le groupe «perte et dommages» qui traite de tous les problèmes causés par le changement climatique, de la responsabilité et du financement des réparations, le groupe « éducation » qui cherche à améliorer l’éducation sur les thèmes du changement climatique, et de nombreux autres. Chaque groupe choisit sa méthode, certains contactent directement les délégations pour essayer de discuter avec eux, certains préfèrent rédiger un papier qu’ils leur remettent plus tard, certains ont des actions plus ciblées vers certains pays, d’autres utilisent les médias de leur pays pour mettre la pression aux délégations. D’après Swiss Youth, certains vont même jusqu’à faire des flashmobs et autres manifestations plus visibles dans la zone bleue ! Il serait très intéressant d’obtenir des accréditations pour cette zone l’année prochaine.

 

Vis-à-vis du côté stands de « divulgation d’informations » et de «actions concrètes contre le réchauffement climatique » il y a aussi une façade économique. Il faut le dire… beaucoup de stands et conférences étaient à la COP22 juste pour faire acte de présence et non pas parce qu’ils promouvaient vraiment des initiatives concrètes regardant le climat. Notamment un stand des Emirats Arabes Unis a éveillé notre curiosité : un des plus grand pays extracteur de pétrole qui se présente ici ?! Puisqu’ils n’étaient pas très disponibles pour une discussion, nous avons préféré continuer notre cheminement à la découverte d’autres endroits plus intéressants. Nous avons remarqué que dans plusieurs cas, plutôt que des actions contre le réchauffement climatique, les stands avaient pour premier but de placer leur produit. Heureusement ceci n’était pas la règle et nous avons pu apprendre et discuter avec les représentants de projets et initiatives très intéressantes et innovantes qui prenaient sérieusement en compte les problématiques actuelles du changement climatique. Pour conclure, cette journée de visite à la COP fut très enrichissante, entre stands et conférences, nous avons pu voir plusieurs innovations, qui serviront essentiellement au Maroc mais aussi des innovations issues d’autres pays. La diversité des stands est remarquable, chacun y trouve son intérêt personnel et peut faire des rencontres et créer des contacts, qu’on soit étudiants en quête d’informations ou entreprise à la recherche de nouveaux contrats et partenariats.