Paris, du 30 novembre au 11 décembre 2015

Le changement climatique

Depuis toujours, la terre est un système dynamique qui évolue, et il en est de même pour le climat. La terre a ainsi vu les ères glaciaires et interglaciaires se suivre et la vie elle aussi a évolué et s’est adaptée progressivement aux situations nouvelles. Cependant, le problème actuel du changement climatique réside dans la rapidité du phénomène. En effet, depuis 1880, la température moyenne annuelle a augmenté de 0.8°C. Ce chiffre, aussi petit qu’il puisse paraître, prend de plus en plus d’ampleur, sachant que la différence entre une ère glaciaire et une ère interglaciaire est seulement de 5°C. Le graphique ci-dessous illustre l’augmentation de la température, ainsi que l’accélération significative du phénomène depuis les années 1960.

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Source : IPCC-GIEC (2015)

Cette augmentation de température est fortement liée aux émissions des divers gaz à effet de serre (CO2, CH4 etc…) qui accompagnent les processus de combustions liés à l’industrialisation de notre société. On peut ainsi observer que la concentration de CO2 dans l’atmosphère a presque augmenté de 40% durant cette même période.
Bien entendu, ces changements ne restent pas sans conséquence. Ainsi, aujourd’hui on observe une forte diminution de la banquise arctique dont la superficie a diminué de 30% depuis 1960 et elle s’accompagne d’une montée du niveau des océans de 19cm…
D’ici la fin du siècle, les experts du GIEC1 projettent entre autre une forte augmentation du niveau de la mer ( > 1m), due à la fonte (quasi) totale de la banquise arctique. L’augmentation de la température pourrait entraîner l’acidification des océans – un phénomène qui risque de toucher les organismes qui sont à la base de la chaîne alimentaire – et dont les scientifiques ignorent l’ampleur des conséquences. Il y aura également moins de précipitations dans les zones déjà arides et d’autant plus dans les zones humides. Les événements climatiques extrêmes tels que les ouragans, les inondations ou les grandes sécheresses risquent d’être de plus en plus fréquents.

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Source : IPCC-GIEC (2015)

Plus proche de nous, en Suisse, les conséquences du réchauffement climatique seront semblables. Entre-autre les étés avec de longues périodes à forte chaleur seront fréquents et en hiver la neige n’atteindra que rarement les basses altitudes. Ces phénomènes auront des répercussions sur le système énergétique de la Suisse, sur la santé, sur l’économie etc…

L’événement COP

La COP est l’organisme de décision suprême de la Convention-cadre des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC). Celle-ci a été crée à Rio en 1992 lors d’un sommet sur le climat organisé au sein de l’ONU, et est entrée en vigueur en 1994. Ce texte reconnaît le système climatique planétaire comme une ressource partagée, et admet l’influence des émissions industrielles de CO2 et autres gaz à effet de serre (GES) sur ce climat. Il pose un cadre global de l’effort intergouvernemental pour faire face aux défis posés par les changements climatiques.

La mise en œuvre de cette convention doit être vérifiée et mise à jour : c’est le rôle de la COP. Les 196 Parties se réunissent chaque année à Bonn (Allemagne), ou dans une autre ville si l’un des pays offre d’accueillir l’événement. Grâce aux informations fournies par chaque pays sur leur émissions, les mesures qui ont été entreprises et les progrès réalisés dans l’accomplissement de la Convention peuvent être évalués.

COP/CMP, quelle est la différence ?

La CMP est l’organisme de décision suprême du protocole de Kyoto, se réunissant également tous les ans depuis sa signature. Les parties discutent l’implémentation du protocole et discutent de sa réalisation et son efficacité. Cette année aura lieu la CMP11, au même moment que la COP21 à Paris, réunissant pour la 11ème fois les pays ayant signé le protocole.

Historique

Depuis le sommet de Rio en 1992, les parties se sont réunies 20 fois. Ce n’est cependant pas chaque année que les négociations débouchent à une mise à jour ou un nouveau texte. Certaines COP sont plus célèbres que d’autres, car elles ont fait l’objet d’une organisation plus conséquente ou ont aboutis à des accords supplémentaires. On peut citer parmi ceux-ci le protocole de Kyoto, signé durant la COP3 de 1997 par des pays développés, qui s’engagent ainsi à réduire leurs émissions de GES de 5% en 2012 par rapport à celles de 1990. Un prolongement de ce protocole, avec de nouveaux engagements plus actuels était très attendu en 2009 à Copenhague, mais les négociations n’ont pas abouti à ce qui était attendu. La fin du protocole de Kyoto en 2012 a été marquée par un bilan négatif au niveau mondial : augmentation de 34% des émissions globales de GES. En revanche, l’UE a remplit l’objectif du traité en réduisant de 18% ses émissions. Le protocole a été prolongé à 2017 lors de la COP17 de Durban, en attendant un nouveau traité, devant être négocié à Paris cette année et entré en vigueur en 2020, avec l’espoir d’y voir figurer cette fois ci les principaux émetteurs de GES, notamment les Etats-Unis.

C’est aussi durant la COP17 que le Fond Vert pour le climat a été crée, afin de soutenir les efforts des pays en voie de développement dans leur réduction d’émissions de GES. 21 pays ont déjà contribué ; la plus grosse participation venant des Etats-Unis, suivis par le Japon et des pays de l’UE tels que le Royaume-Unis, l’Allemagne et la France.

L’année dernière à Lima a eut lieu la COP20 (20 ans après la mise en œuvre de la CCNUCC). Celle-ci a abouti à la demande de Lima pour l’action sur le climat, qui est un projet de document qui établit les bases pour un nouvel accord global dont on espère la création à Paris cette année.

Cette année à Paris, l’événement regroupera presque 50 000 participants dont 25 000 délégués officiels venant des gouvernements, organisations internationales, agences de l’ONU, ONGs et de la société civile pour répondre aux enjeux actuels de la Convention-cadre.

Les enjeux de la COP21

La négociation d’un accord juridiquement contraignant impliquant chacune des partie est l’objectif principal de cette 21ème Conférence des Parties. Il est convenu que les mesures imposées par ce traité répondent à deux conditions :

  • qu’elles suffisent à limiter le réchauffement à 2°C d’ici 2050 par rapport à l’état pré-industriel, comme formulé à Copenhague en 2009

  • qu’elles s’inscrivent dans une démarche durable permettant une transformation à long terme et concernant tous les pays. C’est la perspective voulue par l’entrée en vigueur du traité en 2020 seulement.

L’autre objectif majeur de la COP21 est la mobilisation de 100 milliards de dollars par an par les pays développés à partir de 2020, aussi formulé à Copenhague en 2009. Une partie de ces fonds transiteraient par le Fonds vert pour le climat. La contribution des pays doit être négociée, ainsi que l’utilisation de ce capital. Il vise à favoriser un développement durable et juste en permettant aux pays en voie de développement à également lutter contre le réchauffement climatique.

Cela permet d’impliquer et de responsabiliser davantage les pays développés, souvent pointés du doigts pour leur manque d’engagement et de mesures concrètes de réduction de leurs émissions de GES par rapport à la part des émissions mondiales qu’ils représentent.

Les bases de la négociation

Afin de répondre à ses objectifs, la COP21 impose aux parties, pour la première fois, d’annoncer leur contribution avant le début des négociations sous la forme d’un engagement national quantifié de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Les négociations autour de ces objectifs ont ainsi déjà commencé.

Comme information supplémentaire servant dans la planification des efforts de réduction de l’émission de gaz à effet de serre figure les initiatives de l’Agenda des solution, ou Plan d’action Lima-Paris. Celles-ci impliquent des acteurs non-gouvernementaux comme les villes, régions, entreprises ou associations. Elles favorisent les échanges de bonnes pratiques et le transfert de connaissance, en mettant en avant des actions concrètes.

La nécessité de déboucher à un traité rend la responsabilité du pays organisateur importante dans le déroulement des négociations. En effet, le débat sera présidé par la France, qui doit donc s’assurer de leur bon déroulement et de leur progression vers un accord. Le pays hôte doit s’assurer d’un fonctionnement transparent et inclusif du processus de négociation, ainsi que de la mise en place de conditions de travail appropriées. Cela passe par l’accueil de tous les négociants en terme d’infrastructures de logement et de transport.

La limite d’augmentation des température

Le choix de fixer l’objectif limite de 2°C d’augmentation des températures globales en 2050 par rapport à l’âge pré-industriel n’est plus très actuel. Il a été basé sur le deuxième rapport rendu public par le GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) en 1996. Ce seuil, n’étant à présent plus basé sur une analyse scientifique à jour, ne garanti en fait pas une sécurité quant aux conséquences du réchauffement. Les risques liés à une augmentation globale des températures de 2°C impliquent une augmentation du niveau de la mer de plus de 1m, une acidification irréversible des océans et une rapidité de réchauffement restreignant toute capacité d’adaptation des espèces. En se basant sur les données scientifiques mises à jour, un objectif de 1,5°C d’augmentation de température serait plus approprié. La limite des 2°C est cependant maintenue dans les négociations, et est justifiée par la CCNUCC comme une « ligne de défense » plutôt qu’un objectif à réaliser.

Le dernier rapport du GIEC le 2 novembre 2014 présente des prévisions toujours plus pessimistes. Si les émissions de GES continuent au même rythme qu’actuellement, l’augmentation des températures attendue est de 4,8°C en 2100, par rapport à l’âge pré- industriel (1880), alors qu’elle n’a été que de 0,85°C jusqu’en 2012. Un aperçu de ces scénario est visible sur le graphique ci-dessous, provenant du GIEC.

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Source : IPCC-GIEC

Un autre chiffre marquant à considérer est que la réduction des émissions globale de GES en 2050 devra être de 70% par rapport à 2010 pour que l’augmentation de la température ne dépasse pas les 2°C, ce qui est déjà loin d’être le cas si on regroupe les engagements des pays pour la COP21.

Les pré-engagements formulés par les parties

Les objectifs formulés par les gouvernements des 196 pays concernés sont de deux catégories :

  1. Les objectifs d’atténuation, qui visent à réduire les émissions de gaz à effet de serre dont le pays est responsable. L’objectif doit être chiffré et faire mention de l’année de référence, de la période d’engagement, du calendrier de mise en œuvre, ainsi que préciser les méthodologies employées pour estimer les émissions de GES.

  2. Les objectifs d’adaptation, qui visent à réduire la vulnérabilité des systèmes naturels et humains aux effets des changements climatiques réels ou prévus. Cette contribution est volontaire.

Malgré la quantification des objectifs d’atténuation, ceux-ci sont difficile à comparer entre les pays car ils ne tiennent pas compte des mêmes paramètres :

  • L’année de référence choisie : la réduction des émissions de GES est souvent établie par rapport aux émissions de 1990, date de référence du protocole de Kyoto. La plupart des pays ont donné leur chiffre par rapport à cette date mais pas tous. En effet, les Etats-Unis par exemple se basent sur 2005, année où il y a eu un pic d’émissions de GES.

  • Prise en compte des forêts : le stockage du CO2 par les forêt est pris en compte dans le calcul du pourcentage de réduction des émission par certains pays, notamment la Russie, la Chine et l’UE.

  • Le marché du carbone : il permet à des entreprises « économisant » les émissions de GES de vendre ces tonnes sous forme de crédits. D’autres entreprises ne parvenant pas à réduire leurs émissions peuvent ainsi les racheter, ce qui leur octroie en quelque sorte des « droits à polluer ». Par exemple, la Suisse inclut ces crédits achetés dans son calcul de réduction des émissions de GES.

 

Les engagements de la Suisse pour la COP21

En vue de la COP 21, tous les pays ont donc été appelés à présenter leurs objectifs de réduction des émissions de GES2. C’est donc en février 2015 que la Suisse a été le premier pays à présenter ses objectifs, dont les chiffres essentiels se résument comme suit :
La Suisse veut réduire de 50% ses émissions de GES d’ici 2030, en prenant comme référence l’année 1990.

Parmi ces 50 % :
– 30% devront être atteints sur le territoire suisse
– 10% comprennent le marché du carbone
– 10% seront naturellement absorbés par les forêts

 

Que dire de ses engagements

En effet, les interprétations sont variées : Selon le gouvernement suisse, ces objectifs sont ambitieux et de plus ils seraient en adéquation avec les attentes du GIEC concernant la limite des 2°C. Ces objectifs fourniraient ainsi un bon modèle à suivre pour les autres pays.
Cependant, plusieurs ONG peignent un paysage bien différent. Leur argumentation : Dans la suite du protocole de Kyoto, la Suisse s’est déjà engagée à réduire ses émissions de GES de 20% par rapport à 1990 et ce jusqu’à 2020. Si on soustrait ce chiffre aux 30% qui devraient être émis en moins sur le territoire suisse selon les engagements pour la COP21, il ne reste en effet que 10% sur 10 ans, ce qui correspond à une réduction annuelle moins contraignante qu’aujourd’hui. Actuellement, la Suisse doit réduire de 2% par an ses émissions de GES, et on aurait donc une réduction annuelle de seulement 1% si l’on suit les engagements pour la COP21. Par ailleurs, une réduction annuelle de 3% serait nécessaire afin d’atteindre l’objectif des 2°C.
L’exemple de la Suisse illustre donc bien à quel point il est difficile d’interpréter les chiffres avancés par les différents pays et qu’il faut prendre ses précautions même si un engagement peut paraître très prometteur à première vue.

 

Sources :

Nations unies: http://unfccc.int/2860.php

Gouvernement français: http://www.cop21.gouv.fr/fr

Climate action: http://www.cop21paris.org/about/cop21

Fondation Nicolas Hulot: http://www.fondation-nicolas-hulot.org/magazine/cop-21-quels-enjeux

Le Monde : www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2015/04/11/climat-ou-en-sont-les-engagements-des-etats-avant-la-conference-de-paris_4613786_4355770.html

The Guardian : http://www.theguardian.com/environment/2015/jun/02/everything-you-need-to-know-about-the-paris-climate-summit-and-un-talks

OFEV, 2015 http://www.bafu.admin.ch/klima/03449/12696/index.html?lang=fr&msg-id=56394

http://www.bafu.admin.ch/klima/13805/15238/15239/index.html

IPCC/GIEC,2015 : http://www.ipcc.ch/news_and_events/docs/ar5/ar5_syr_headlines_fr.pdf

https://www.ipcc.ch/pdf/assessment-report/ar5/wg1/WG1AR5_SPM_FINAL.pdf

Greenpeace,2015 http://m.greenpeace.org/switzerland/fr/high/publications/blog/climat/blog/52203/

Le Monde, 2014 http://www.lemonde.fr/planete/video/2014/09/23/comprendre-le-rechauffement-climatique-en-4-minutes_4492721_3244.html